Association Kerkena

Pour le Patrimoine Maritime et Culturel Méditerranéen

Iles Kerkennah

Les îles sereines

« Kerkena, le dernier paradis ? » se demande l’écrivain André Guibert au cours de son périple dans ces îles Tunisiennes.
Peut être pas le dernier, mais certainement un paradis.

« Préservées jusqu’à maintenant, au bout d’une mer de jade très calme, une ligne fine et horizontale s’offre lentement au regard, tel un immense radeau de palmiers à fleur de l’eau. Autour quelques voiles blanches de felouques, s’érigent sur la mer comme des déesses dansant avec grâce aux caresses du vent, inconsciemment une sensation de sérénité vous envahit »

Les jardiniers de la mer

Les îles Kerkennah se situent au large de Sfax à 18 Km des côtes.

Car Ferry vers Kerkennah durée 1Heure

A part quelques ilots désertiques, l’archipel est essentiellement formé de deux îles, Gharbi l’occidentale de 15 kilomètres sur 7, et Chergui l’orientale, de 42 kilomètres sur 8. Une chaussée romaine les reliait jusqu’en 1981, date à laquelle elle fût remplacée partiellement par le pont d’El Kantara suite à des problèmes écologiques de faune aquatique.

Histoire des îles Kerkennah

3000 av. J.C. Installation des berbères
195 av. J.C. Hannibal s’y refugie lors de son exil à Damas.Hannibal
15 ap.JC. Synchronius Gracchus y est exilé pour avoir séduit la fille de l’empreur et y trouve la mort.
647 Arrivée des Arabes
1095 Sous les Zirides, invasion des Normands de Sicile.
1575 Kerkennah est cette fois-ci convoitée par les Espagnols, les Turcs et des corsaires, tout comme Djerba.Sous le règne des Otthomans et Husséinites, beaucoup de Kerkeniens servent dans la flotte du bey (trois Amiraux viennent de l’île)
1881 Protectorat français.
1914 Farhat HachedNaissance de Farhat Hached, grande figure du syndicalisme Africain et de la lutte pour l’indépendance de la Tunisie.
1945 Refuge du futur président Bourguiba. Les kerkeniens le déguisent en pêcheur le cachent des recherches dont il faisiait l’objet et l’aident à s’enfuir vers la Lybie à bord d’un « Loud » (bateau typique de Kerkennah) . Il passera en Egypte et rejoindra l’Amérique du Nord, ou il défendra la cause du peuple Tunisien.

Les jardiniers de la mer

La principale activité et ressource des îles Kerkennah est la pêche, chez les Kerkeniens c’est une seconde nature, même ceux dont le métier est tout autre ne peuvent résister à l’appel de la mer, le temps d’une escapade de pêche (sarha) pour se ressourcer.

Le plateau sous-marin entourant les îles est constitué, sur prés de 65 kilomètres, de très hauts fonds ponctués d’oueds, chenaux et dépressions de profondeur assez importante. La mer est comme un vaste jardin de hauts-fonds entourant les îles que les pêcheurs de Kerkennah ont su dompter en l’explorant dans ses plus intimes recoins et en y adaptant leurs propres techniques de pêche.

Pêcheur à la Tarraha

En effet ils se sont appropriés ces hauts-fonds et en ont même privatisé des parcelles pour y installer des pêcheries fixes dites (charfia) qui veut dire pêche noble et honnête. Jouant avec les reflux de la marée la charfia est un piège à poissons fait de nasses en Alfa et de branches de palmier que l’homme plante centimètre par centimètre en les calant entre son gros orteil et les autres doigts de pied. Les charfia forment ainsi des barrières qui dessinent sur les côtes de l’archipel des lignes zigzagant sur le bleu de la mer et que le ciel toujours très pur rend envoûtantes.

pêcherie fixe à marée basse Chambre de capture de la charfia

La sautade ( Dammasa ) est aussi une pêche collective spectaculaire qui profite de l’instinct sauteur du mulet.
pêche à la sautade

Les pêcheurs Kerkeniens ont multiplié les méthodes de subterfuges de pêche, collective et individuelle, qui ont rendu l’archipel célèbre pour ses poulpes, mulets, sèches et tant d’autres espèces frayant à ses abords.

Cette terre à l’extrême beauté, si dénuée et si riche à la fois, vous interpelle par le silence qui s’y fait entendre sur terre comme en mer la sérénité est envahissante elle se lit aisément sur les visages burinés par la mer des pêcheurs de Kerkennah.

Marchands et Pêcheurs d'éponges Grêcs à Sfax début 19ème siècleAu large des îles Kerkennah et de Zarzis, existaient des hauts-fonds avec de nombreux bancs d’éponges. Des Grecs, essentiellement originaires de l’île de Kalimnos dans le Dodécanèse (considérée pendant longtemps comme étant la capitale mondiale des éponges), ou bien d’Hydra ou d’Egypte, qui étaient surtout de valeureux marins scaphandriers et pêcheurs d’éponges, vinrent donc se fixer à Sfax dès la fin du XIXe siècle

Vie sociale, culture et traditions

Ils sont pêcheurs le jour, mais aussi musiciens, chanteurs, danseurs. Le jour durant, la mer les fait vivre. Le soir, le folklore les envahit. Les troupes de « Tbal » tambour en Arabe formation de musiciens traditionnels des Kerkennah perpétuent l’âme des poètes qui s’évapore des îles. Un mariage une circoncision, c’est aussitôt à eux que l’on fait appel pour chanter, danser et animer la fête.

Troupe folkloriqueLes mariages durent trois jours et trois nuits. Au cours de ces soirées, des heures durant, dans la cour familiale ou parfois dans une place du village, s’érigent une salle de mariage faite de branches de palmiers ou de « margoums » sorte de tapis multicolores qui accueillent la fête ouverte presque à tout le village. Les invités sont installés dans la cour et la troupe fait le tour des convives.. Avec une chorégraphie synchronisée, la troupe exécute des pas de danse en faisant tournoyer avec grâce leurs longues jupes plissées blanches, avançant en ligne vers l’audience.

Chaque famille sort un billet pour demander telle ou telle chanson, billet à la main le poète de la troupe improvise alors de savoureuses « dédicaces » à la gloire de celui qui a offert le billet en citant sa famille et ces aïeuls, parfois avec une note d’humour. Ainsi chaque invité apporte son obole à la cagnotte des mariés qui ont offert la fête au village. Mariages, construction de maison, de bateaux, de puits, etc., cet esprit de solidarité et d’entraide, fortement ancré il n’y a pas si longtemps dans toute la vie sociale et économique des Kerkenniens, perdure encore aujourd’hui.

Tissage traditionnel Kerkennah

La femme Kerkenienne a une place particulière aux îles Kerkennah, elle participe à presque toutes les activités économiques et sociales des îles. Elle prend son destin en main et pèse de son poids dans presque tous les espaces masculins. Pêche, agriculture, santé, l’isolement qui a fini par donner aux gens de Kerkennah une force de caractère extraordinaire a aussi fait de ces femmes et hommes des gens à part, des battants que l’on retrouve souvent à des hauts postes, mais surtout il a fait d’eux des gens attachants.

Association-kerkenna-Image-Blog

Cette vie très modeste en marge du XXIème siècle n’attire pas spécialement les jeunes. Pas beaucoup de distractions à part le football pour les garçons, la pétanque pour les moins jeunes, on est loin de la vie trépidante des grandes villes, loin de tout ce que peut montrer depuis quelques années les chaînes de télévision. Sortie du Lycée de Remla, qui compte néanmoins 3200 élèves, bac en poche ou non, beaucoup préfèrent rejoindre le continent pour poursuivre leurs études ou pour entrer dans la vie active. Kerkennah retrouve ces enfants dés leurs vacances ils ne l’oublient pas ils ne l’oublieront jamais, les Kerkenniens reviennent toujours aux îles comme l’amant revient à sa bien aimée.